Quoi, qui, pourquoi?
MangePied Rock c’était quoi?
C’était quand?
La première de MangePied Rock en 1989 n’était pas un véritable commencement.
L’émission Rock qui allait s’affubler de ce titre débile et inaltérable avait déjà revêtu d’autres formes radiophoniques.
En effet, un an auparavant sous cette appellation, déjà, et dans une autre ville le programme d’une heure diffusant des titres du Punk, de la New Wave et même quelquefois des coups de cœur (Thiéfaine, Gotainer) avait essuyé ses premières armes sous l’oeil tordu de divers directeurs des programmes qui ne juraient que par le Jazz.
Oui, en effet, à l’époque de ces radios dites « libres » il fallait faire admettre que les vieilles valeurs avaient pris un coup dans la gueule depuis quelques années car le mouvement Punk avait échauffé les ardeurs des nouvelles générations.
Et comme dans tout combat entre les générations, les précédents libertaires étaient devenus de sales cons.
En 1987, donc, le Rock Alternatif, déjà sur le point de terminer dans les griffes des Majors, laissait quelques places libres aux courants New-Wave de la Touching Pop, le Raggamuffin donnait un nouveau souffle au reggae, le Ska festif me faisait déjà chier et le RAP d’Assassin faisait largement moins rigoler que Benny B.
Mais à Montpellier, il y avait un autre état d’esprit, que les modes parisiennes (et les soirées belles à Sienne de la pénible Louise).
Il y avait le rock d’OTH, des vierges, des Shériffs mais pas seulement.
Parce que l’on aimait pas mal de choses, que leurs fans ne partageaient pas forcément.
La décennie qui nous a vu grandir avait concentré une telle énergie et une telle créativité que nous n’avions pas envie de choisir.
On voulait écouter, voir et vivre tout ça.
Et le diffuser.
C’était où?
MangePied Rock avait donc posé ses valises à Montpellier, sur une radio Jazz…encore une.
Mais le créneau Rock était disponible bien qu’il fût réservé à ceux qui commencent et se couchent tard…ou plutôt parce que personne n’avait envie de passer sa soirée dans des locaux désertés par les journalistes et le reste des animateurs de la journée.
Les journalistes et le reste des animateurs avaient peut être bien autre chose à foutre que nous croiser dans les couloirs.
Essentiellement culturelle, et à vocation de promotion des événements de la région 34, la radio associative dans laquelle nous avions demandé à répandre la parole du Rock avait compris que nous n’étions pas à notre premier méfait.
Malgré le réflexe d’incompréhension quand à notre musique bruitiste, auquel nous nous étions malgré tout habitués, la bienveillance de notre directeur des programmes de l’époque (1987) nous avait permis d’occuper l’antenne de 23h à minuit.
Déjà, il avait passé la crainte légitime que nous n’allions pas péter dans le micro toutes les cinq minutes parce qu’on passait du Punk Rock à l’antenne.
Aussi, l’émission devait normalement revêtir la forme radiophonique classique dite du « pousse disque ».
Elle en fut très proche durant deux ans, puis changea complètement d’orientation.
Parler, présenter les titres et écouter le disque, puis annoncer des infos, présenter les titres et écouter le disque n’était plus aussi excitant, d’autant plus que beaucoup d’autres faisaient cela.
Et ils le faisaient bien.
Par ailleurs, les expérimentations chaotiques de « l’autre Radio », celle qui faisait Echo dans les Garrigues, et surtout, l’influence des ancêtres de Carbone 14 donnait furieusement envie de tenter quelque chose de plus décalé.
En 1989, j’avais décidé que même la formule allait changer.
C’était pourquoi?
Peut être parce que notre motivation était communicative, parfois trop, peut être parce que nous aimions simplement cela plus que tout, nous avions obtenu une confiance suffisante.
Non pas que nous n’ayons, souvent sous l’influence de substances qui mettent les sens en éveil, tenté et réussi nombre de blagues de joker, de courses d’aspirateur dans les locaux à des heures tardives, de coups d’éclat aux assemblées générales de l’asso, vues comme autant de tentatives de prise de pouvoir du rock sur tout le reste.
La vérité c’est qu’on avait rien à foutre de rien sauf…de ce qu’on aimait.
Et ce que l’on aimait par dessus tout, c’était la Musique, les groupes qui en jouaient, les concerts et les lieux où ça se passait et tout ce qui tourne autour.
Du coup, nous avions mis un point d’honneur à faire les choses différemment, mais correctement. Paradoxe Punk.
De toutes façons, en pleine révolution Ludwig, même faire chier les rockers avec des ambiances molles était tentant.
C’était comment?
Alors, au fur et à mesure, à coup de collages sonores, d’instants de télévision capturés au magnétophone, au Fostex à bandes, avec des boites à effet, en réalisant notre propre générique, en triturant les sons, en ne disant plus rien d’utile au micro et en déversant tout ce gloubi-boulga au parfum Geek avant l’heure, l’émission a pris forme.
Certes, MangePied Rock, toute petite émission d’une heure à la dizaine d’auditeurs hebdomadaires perdus dans une ville du Sud de la France à une époque oubliée de presque tous, ne représente sans doute plus grand chose aujourd’hui.
A l’ère du numérique, il semblerait stérile de bricoler tout ça, avec si peu de moyens pour un résultat aujourd’hui dépassé.
Mais c’est peut être aussi parce que ça semblait absurde que nous l’avons fait.
Pour nous, pour se marrer et parce que nous, on trouvait ça cool.
Klaf.
On voulait dire merci.
La liste n’est pas exhaustive et s’étoffera au fil de l’évolution du site.
Cependant, je dois cette envie de poser ce témoignage qu’est le Museum de l’émission à quelqu’un qui se reconnaîtra facilement car c’est sous son intérêt et sa motivation pour le milieu Rock Montpelliérain que l’étincelle a mis le feu aux poudres.
C’est sûr, j’aurais toujours envie de reprendre l’aventure radio, ou même Podcast, comme on dit au 21è siècle.
Mais force est de constater que pour accomplir toutes mes missions et assouvir toutes mes envies, il me faudrait au moins 72h par jour.
Aussi, je tiens à le remercier, à bientôt man, on se croise souvent à la TAF et c’est toujours avec respect.
Et je n’oublie pas tous ceux et celles qui ont fait partie de l’aventure MPR:
Mon frère, dit « Le Zebu » electron aléatoire du MangePied, ceinture noire de basse et compositeur des deux génériques de l’émission – Kat N pour m’avoir accompagné sur cette période de ma vie – Erik le Viking (ancien animateur de vague de Nuit et sans doute encore bassiste des Dirteez) – Sam le Sam, joyeux dépressif professionnel et animateur de « Pyromanes » – Jimp qui était juste là, mais c’était bien -Radio Clapas et son directeur des programmes de l’époque, Philippe G – Bernard C, animateur fou, mais vraiment génial – Zinzin et le Botaniste, animateurs de la seule émission sur la musique contemporaine que j’exécrais pas…
Et d’autres viendront avec les souvenirs.